mardi 9 juin 2015

Pierre-Antoine Cousteau en reportage avec la Milice à Rennes


Moins célèbre que son jeune frère Jacques-Yves Cousteau – le commandant au bonnet rouge – Pierre-Antoine Cousteau (1906-1958) fut un collaborationniste résolument engagé, notamment au journal Je suis partout, avec Lucien Rebatet ou bien encore Robert Brasillach. Les deux articles qui suivent ont été publiés au tout début du mois de juillet 1944. Il s’agit d’un « reportage » de Cousteau « venu rejoindre en Bretagne mes camarades les francs-gardes bénévoles de la région parisienne partis comme volontaires ». La « Deuxième unité de marche » de la Milice française arrive en effet le 8 juin 1944 à Rennes, en provenance de Poitiers. Ces francs-gardes sont cantonnés dans un premier temps rue de Griffon, avant de prendre leurs quartiers à l’Asile Saint-Méen et au château d’Apigné. 
Bâtiment où séjourna la Milice au 5, rue du Griffon
Comme l’écrit Cousteau, c’est la déception « Les francs-gardes de Paris étaient partis pour se battre. Ils étaient pressés de décerveler des terroristes, de venger sur les salopards de la résistance juive tous nos camarades assassinés. Mais au lieu d’embuscades meurtrières et romantiques (…) Il a fallu déblayer les décombres de Rennes et de Fougères. » La ville de Fougères a été durement touchée par deux vagues de bombardement les 6 et 8 juin 1944, faisant plus de 200 victimes. Á peine arrivé à Rennes, un groupe de miliciens, parmi lesquels le jeune « Fernand », dont on lira la lettre plus bas, est envoyé là-bas pour déblayer. Le reste de la troupe prêtera main forte aux secouristes lors des bombardements des 9 et 12 juin 1944 à Rennes. Ces corvées de déblaiement n’empêchent pas les miliciens, sous les ordres du sinistre De Constanzo, dont Cousteau nous dresse un véritable panégyrique, de procéder aux arrestations de « terroristes » qui sont ensuite emprisonnés à l’asile Saint-Méen. « Allons au « trou » jeter un coup d’œil sur les captifs. Ils sont une cinquantaine, dont une demi-douzaine de femmes » écrit Cousteau. 
Durant tout le mois de juillet et jusqu’à l’arrivée des Américains, ce ne seront que rafles, arrestations, tortures et exécutions sommaires. Cousteau est déçu. Ses camarades lui proposent bien une expédition le jour même de son arrivée « Oh ! une toute petite expédition », mais il aurait préféré « l’assaut d’un bourg FTP ». Notre reporter devra donc se contenter d’une « capture sans histoire » de ses deux premiers « clients », puis d’un troisième « cueilli » sans difficulté. Ils seront d’ailleurs relâchés plus tard ! Quoi qu’il en soit « c’est toujours excitant de jouer au gendarme et au voleur en pleine nuit avec de vraies armes… » Comble d’ironie, le jour-même ou parait l’article de Cousteau dans Je suis partout, daté du 7 juillet 1944, les francs-gardes sont engagés dans une opération contre le maquis du bois de Buzot à Broualan. Le reporter eut alors pu voir ses « camarades » à l’œuvre, notamment Constanzo, qui va se défouler à coups de ceinturon sur l’adjudant Imbert, obligé de se déshabiller. Un autre résistant, René Capitan, nu lui aussi, sera frappé à coups de nerf de bœuf, avant d’être abattu d’une balle dans la tête. Son corps sera laissé sur place. Après avoir fait trois autres victimes dans le bourg de Broualan, les miliciens rentrent sur Rennes en effectuant plusieurs arrestations. 
Patriotes encadrés par la Milice à l'asile Saint-Méen
Sur le chemin du retour, ils font halte à Saint-Rémy-du-Plain, où huit résistants sont abattus dans une carrière. Les patriotes restants sont ensuite amenés à l’asile Saint-Méen où s’effectue un premier tri avant les tortures au château d’Apigné. 
Je suis partout (ADIV)


Retranscription (avec les fautes) de la lettre en date du 19 juin 1944, adressée à son chef par le jeune milicien Fernand :

Chef,
Deux mots pour vous donner de mes nouvelles qui ne sont pas trop mauvaise et j’espère que vous c’est de même ainsi que celle des copains.
Notre départ de Paris a été un peut mouvementé, arrivé à Falguère station, alerte, arrêt des trains, je dessent et à la surface bombardement en règle, tire de DCA. J’ai vue pour mon compte descendre 7 saloparts. Arrivé à Auteuil le car était partit depuis ¼ d’heure, aucun officier pour me renseigner, le matin j’ai rencontré à la gare un chef de dizaine qui a téléphoner rue Drouot et ces le chef de la Rivière qui a répondu. Le train était à un km de la gare mais qu’il fallais rejoindre Drouaot qu’il y aurais une voiture pour ravitailler les copains, pour finir nous avons retrouver les copains à Auteuil, nous avons pas retrouver les camarades dans le train pour les ravitailler. Nous avons eut des camions pour aller d’Auteuil à Austerlitz car l’autre gare était foutue.
Dans le train petit accident, nous avons croisé un train du génis Français avec sur les portes des croix de Lorraine, sur les interpellations de nous autres, ils ont montré le point lever. Nous avon été trouvé notre chef de convois, il nous a répondu qu’il nous interdisais formellement toute manifestation, qu’elle plaisir que l’on aurai eut de les descendres. Nous sommes a 10 heures du matin nous avons roulé jusqu’à 1 heure. Arret d’une heure sur la voie ensuite nous sommes repartit, arrivé à Poitier à 9 heures du soir, le matin lever à 7 heures, petit déjeuner à 8 heures. Ensuite distribution des effets, j’ai été désigné pour essayer les complets, chaussures etc. ensuite distribution d’arme par les chefs de dizaine. J’ai récolté un fusil américain, je fais remarquer que les armes ont été distribuées par camaraderie ainsi que la désignation des chefs de dizaine et de main, pour les corvés de casernement ca na pas manqué, enfin nous avont avec 5 jours sans aucun maniement d’arme, une chose bien maleureuse c’est que nous avons beaucoup de jeune qui n’ont pas été militaires. Resu l’ordre de prendre juste le néssaissaire de linge de corps, le matin lever à 2 heures, départ à 3 heures nous arrivons à la gare pas de train tout les employés partit, nous avons réquisisionner des cars et des voitures particulières qui nous ont emmener à Rennes. De Rennes nous avons rester 2 jours dans les cars a coucher ensuite départ pour Fougère arrivé dans les environs nous avons assisté au bombardements de cette ville qui n’était pas objectif militaire, le lendemain après-midi noud avons pus rentré en ville rien que des ruine avec des bombes a retardements enfin comme les anglais revenais nuit et jours nous avons été forcé de couché dans les cars hor de la ville.
Depuis quelques jours nous avons réquisissionner un pensionnat de jeunes filles tenu par des sœurs nous avons un lit de pensionnaire de jeune fille des photo de piété, mais toutes les nuits c’est un bombardement formidable, des bombes a retardements qui éclate, quelle musique !
Notre travail consiste a faire la police à descendre les pillards à déterrer les cadavres à dégager les ensevelis vivants, en un mots a faire un travail pour lequelle l’ont n’est pas venu, depuis le matin 6 heures1/2 jusqu’au soir 11heures on ne fait qu’a être en service, jamai un jours de liberté, tenu comme au bataillon de discipline, tout les camarades en ont mare car l’ont nous prend pour des imbéciles, nous n’avons pas encore eut l’occasion de faire un combat, notre moral est a bout. Quand a mois il n’en manque de peu que je prenne la déssision de retourner a Melun et si l’ont ne veut pas me laisser partir en prenant une voiture, car jamais ici ont ne prendra part au combat.
Je suis venu comme volontaire pour me batre et non comme planqué pour mener une vie de caserne, j’ai un grand regret d’avoir accepté cette campagne. J’aurai mieux fait de partir dans la Waffen SS que de venir à la milice pour éplucher les patates, corvé de tinette, fossoyeur en un mots faire l’imbécile. Je ne conseillerais jamais a personne de partir de cette manière.
Chef ne voyant plus rien à vous dire pour l’instant je termine en vous serrant une cordiale poignée de mains et vous donnant le salut milicien. Signé : Fernand
PS : Je mescuse au-près des copains de n’avoir pas écris mais réellements cela m’est impossible pour l’instant, à tous une fraternelle accolade.

Je suis partout du 7 juillet 1944 (ADIV)



lundi 11 mai 2015

L'installation du Comité Départemental de la Libération d'Ille-et-Vilaine

Créés en 1943, les CDL ont été légalisés par l’ordonnance du 21 avril 1944, promulguée par le gouvernement d’Alger. L’objectif est alors de regrouper toutes les forces politiques et sociales locales. En juin 1944, l’ensemble des départements est pourvu d’un CDL clandestin, chargé de coordonner et d’aider la Résistance dans la France occupée mais aussi de préparer la Libération en désignant les personnes capables d’assurer l’administration du département libéré. Mais, une fois l’occupant chassé, des tensions vont vite apparaître. Le GPRF voulant cantonner les CDL à un rôle consultatif, ceux-ci doivent à terme disparaître après les élections des Conseils Généraux, comme prévu par l’article 19 de l’ordonnance du 21 avril : « Dans chaque département, il est institué, dès sa libération, un comité départemental de la libération chargé s’assister le préfet. Il est composé d’un représentant de chaque organisation de résistance, organisation syndicale et parti politique affiliés directement au Conseil national de la résistance et existant dans le département. Le Comité départemental de libération assiste le préfet en représentant auprès de lui l’opinion de tous les éléments de la résistance. Il est obligatoirement consulté sur tous les remplacements des membres des municipalités et du
Conseil général. Il cesse ses fonctions après la mise en place des conseils municipaux et des conseils généraux, selon la procédure prévue aux articles ci-dessus. »

Le CDL d’Ille-et-Vilaine

C’est au mois de décembre 1943, que s’est tenue la première réunion clandestine du CDL 35, place du Calvaire à Rennes, chez le commissaire Le Page, révoqué par Vichy. Le général Allard assure la présidence. Les contacts ont été assurés par François Tanguy-Prigent. Parmi les premiers membres du CDL, on trouve : Le Gorgeu ; Foulon ; Level ; Kerambrun ; Grimault ; Galichet ; Milon ; Heurtier ; Commeurec ; Louviot ; Lavoquer et Chaplet. ( Heurtier, Commeurec, Louviot et Chaplet seront arrêtés et déportés. Seuls Heurtier et Chaplet reviendront)
Les contacts avec les délégués du GPRF (Le Gorgeu et Tanguy-Prigent) se font chez Foulon, qui habite au 7 bis, boulevard Volney. Jusqu’au mois de mai 1944, Tanguy-Prigent se rend régulièrement à Paris. Ensuite, et jusqu’au débarquement, Victor Le Gorgeu, Commissaire de la République, et Bernard Cornut-Gentille, Préfet, ont les pleins pouvoirs donnés par le gouvernement d’Alger et le CNR.
Les dernières réunions ont eu lieu peu de temps avant la libération de Rennes pour préparer la prise du pouvoir local et l’occupation des bâtiments administratifs de la ville. Le Gorgeu, dit « Le Guillou », est alors caché chez M. Leray au 4, boulevard Volney. La maison étant située sous la ligne de tir des canons américains de Maison-Blanche et de ceux des allemands, il se réfugiera dans une cave de la rue d’Estrées. D’après Foulon, le CDL clandestin a été très actif, surtout dans les trois derniers mois qui précédèrent la Libération, les organisations militaires (FFI, FTP, AS) et de Résistance (FN et Libé-Nord) étant plus préoccupées par la libération elle-même que par des considérations politiques.
Le CDL se défini comme l’auxiliaire du Préfet et du Commissaire de la République, tout en étant l’émanation du pays résistant. Le 3 août, dans l’après-midi, la véritable prise de pouvoir à Rennes a été assurée par ses membres : Hubert de Solminihac, dit « Hémeric » (MLN) ; Pierre Herbart, dit « Le Vigan » (MLN) ; et des groupes FTP. À 20 heures, les bâtiments publics étaient aux mains de la Résistance.
Le lendemain, jour de la libération de la ville, la 1ère réunion non-clandestine du CDL se tient à la Préfecture en présence du Commissaire de la République Le Gorgeu. Sont présents : Kerambrun, Quessot, Level, de Solminihac, Mme Martin, Cornut-Gentille, Le Vigan et Milon. Foulon est encore dans le Finistère. Il ne rejoindra Rennes que le 8 août.
Désireux d’agir légalement, grâce à son président Kerambrun, le CDL n’a ordonné aucune exécution de « collabos ». Il n’y a eu aucun appel aux populations. Les rapports avec le préfet Cornut-Gentille sont plutôt bons. Ils seront plus tendus avec son successeur Bernard Vigier.

La première réunion officielle du CDL se tient le jeudi 10 août 1944 à la préfecture. Il est composé de 14 membres : Ernest Kerambrun, Président (Parti Radical Socialiste) ; Foulon, secrétaire (Mouvement Libération) ; Becdelièvre (Jeune République) ; Brassier (Forces spirituelles) ; Collery (Front National) ; Geffroy (CGT) ; Grimault (CFTC) ; Guillon (FUJP) ; Level (Personnalité de la Résistance) ; Mme Martin (assistante sociale) ; Perennez (PCF) ; Quessot (Parti Socialiste) ; Riveau (Monde paysan) ; De Solminihac, qui sera remplacé par Le Vigan (MLN). Le CDL reçoit deux commissaires de police et les informe du scandale que constitue la libération prématurée de certains « collabos ». Les commissaires répondent que la Maison du Cercle Paul Bert, où se faisait le tri des « collabos », a été débordée pendant trois jours. Foulon leur fait alors observer que les circonstances sont exceptionnelles et que les arrestations doivent être maintenues lorsqu’elles ont été faites par les CLL (Comités Locaux de la Libération) ou des groupes de patriotes connus. Les miliciens sont écroués à Jacques Cartier plutôt qu’au quartier Margueritte d’où il est facile de s’évader. Au sujet des arrestations, l’inspecteur fait savoir que la police pourra satisfaire aux désirs du CDL en se servant de ses pouvoirs d’autorité judiciaire, d’après la loi de 1941 sur l’état de siège. M. Perennez fait remarquer « Qu’on n’observait pas tant de formes quand il s’agissait d’arrêter et de maintenir en prison des patriotes pendant l’occupation. » L’entente amiable avec les services de police permettra de réaliser une épuration énergique et efficace. Les arrestations pourront être faites à la suite de la communication des dossiers. Les dénonciations seront faites par les soins des CLL. Un dossier sera constitué et examiné par la Commission d’épuration. Le rapporteur, M. Lefeuvre, établira l’accusation. La constitution du dossier sera suivie d’un vœu, pris en réunion plénière du CDL et, une fois signé par le Commissaire de la République, passera aux Commissaires divisionnaires. L’ex-préfet régional Martin étant en surveillance à l’Hôtel de France, le CDL exige qu’il soit mis en prison.
Lucie Aubrac

Le lendemain 11 août, Kerambrun ouvre la séance en présence de deux invités : Charles Milon, Président de la Délégation municipale de Rennes, et Lucie Aubrac, déléguée de la Chambre consultative d’Alger. Le président Kerambrun, avant de céder la parole à Lucie Aubrac, signale que des officiers en uniforme prennent petit à petit le pas sur les civils et sur les jeunes combattants de la Résistance. Il demande au CDL de veiller à ne pas laisser perdre ses droits et ses pouvoirs. Lucie Aubrac prend alors la parole : « Le CDL est un organisme de travail. Il est recruté dans tous les mouvements politiques de la Résistance. Il représente l’opinion générale d’un département. Les CDL représentaient le désir de libération ; ils représentent maintenant l’unanime désir des patriotes : reconstruire la France. » Lucie Aubrac parle ensuite des méthodes de travail et des rapports du CDL avec les organismes départementaux. La priorité reste l’épuration « Elle doit se poursuivre de la manière suivante : la Commission d’épuration étudie les noms des gens dont on lui a fait parvenir les dossiers à la Maison de la Résistance. Elle dresse l’accusation. Dans le procès-verbal de la Commission, il est décidé, qu’en raison de tels ou tels faits, tel individu est digne d’une certaine peine : mise en résidence surveillée ; camp de concentration ; prison. Ce procès-verbal est présenté chaque jour au CDL, entériné, porté au Préfet ; ainsi, en moins de 48 heures, chaque dénonciation populaire peut être suivie, étudiée, préparée pour l’accusation et se traduire en actes en 48 heures. L’épuration devient une tâche facile et claire. La Commission d’épuration a un rôle plus délicat ; c’est d’épurer les municipalités. Il y en a plus de 368 en Ille-et-Vilaine. Pour toutes les municipalités des villes de plus de 2 000 habitants, il faudra faire une enquête. Un texte législatif régit cette épuration : c’est l’ordonnance du 21 avril 1944 prise par le Ministère de l’Intérieur. Ce texte demande de conserver les conseillers municipaux élus avant le 1er septembre 1939. Ou il faudra les remettre en fonction. Seront révoqués, par contre, les maires, adjoints et conseillers traitres de même qu’il faudra dissoudre toute assemblée nommée par Vichy. » S’ensuit toute une série de mesures qu’il serait trop long de développer ici. Lucie Aubrac conclue : « Nous voulons réussir. Il ne faut pas perdre l’enthousiasme ; il faut rester près de nos buts ». Kerambrun clôt alors la séance « Nous nous heurtons parfois aux autorités militaires. Il semble que parmi les officiers qui ont récemment revêtu l’uniforme, tous ne soient pas résistants. » 
5, contour de la Motte
Le 17 août 1944, le CDL quitte la préfecture pour s’installer dans un immeuble réquisitionné au 5, contour de la Motte. Jusqu’à la mi-septembre 1944, les réunions sont quotidiennes. Elles se tiendront ensuite trois fois par semaine jusqu’au mois de juin 1945, puis une fois par semaine et enfin une fois par mois, la dernière aura lieu en novembre 1946. Chaque réunion fait l’objet d’un procès-verbal. D’après Charles Foulon, dans les premiers temps du CDL, les prises de position ou les vœux étaient tous adoptés à l’unanimité « L’enthousiasme y était, avec une atmosphère de fraternité qui était celle de la clandestinité ; le curé et l’ouvrier communiste, le directeur assez riche de la coopérative agricole et le cheminot, le vieux pharmacien et le jeune franc-tireur ». Au sujet des rapports entre communistes et non-communistes, Foulon note que la distinction entre les deux groupes est moins tranchée qu’elle ne le sera plus tard « L’hostilité de Vichy et la répression nazie avaient rendu les communistes sympathiques à tous les résistants » Pourtant, dès les premières réunions, Foulon sent la différence ; les communistes ne tardant pas à demander la représentation d’un certain nombre de groupes où ils étaient bien implantés (UJRF, UFF, FTP), le risque étant de modifier la majorité. La tension sera palpable au printemps 1945, avec les problèmes de la Constitution et des États Généraux de la Renaissance Française qui ont suscité des débats passionnés, mais il n’y aura jamais de rupture.

La difficile épuration

Kerambrun, qui vient d’être nommé Premier Président de la Cour d’Appel, revient de Paris le 8 septembre 1944 après avoir eu une entrevue avec le ministre de la Justice. Il présente un résumé de ses entretiens concernant la procédure de l’épuration judiciaire « En attendant la création de la Cour de Justice, il est bien entendu que le CDL doit faire suivre ses dossiers au tribunal militaire, qui se charge de poursuivre les coupables des délits et crimes commis en contravention des articles 75 à 80 du code pénal. M. le Commissaire du gouvernement en a 60 ou 100 sur lesquels 10 viennent directement du CDL. » Kerambrun reconnaît « Que la constitution du tribunal militaire pose celle de l’épuration de l’armée. En attendant la Cour de justice le tribunal militaire est donc compétent. » Du fait de ses fonctions, Kerambrun est remplacé à la tête du CDL par le pharmacien Heurtier. Ce même jour, le général Allard signale au CDL que le public se plaint des FFI (vrais ou faux) dont l’indiscipline et les mœurs déplaisent. Foulon constate que les gens ne savent pas comment faire parvenir leurs plaintes « Il est inadmissible que les collaborateurs puissent continuer encore longtemps à se promener impunis, autrement les gens finiraient par se faire justice. »

Pour mener à bien sa tâche d’épuration et de remise en ordre, le CDL va s’appuyer sur les CLL, qui n’existaient pas à la Libération. Reflets de la Résistance locale, les CLL vont se constituer progressivement à partir des organisations politiques et patriotiques clandestines qui avaient des représentants ici où là : Leblanc (FN) à Redon ; Briand à Saint-Malo ; Ponson (Résistance Fer) à Fougères, etc. L’objectif d’un CLL par canton ne sera jamais atteint, on constatera qu’ils sont surtout implantés dans le nord du département.
L’épuration judiciaire a fait l’objet de plusieurs ordonnances dont on peut retenir les trois principales :
- Ordonnance du 26 juin 1944 instituant au niveau de chaque cour d’Appel, une Cour de justice pour juger les faits postérieurs au 16 juin 1940 et antérieurs à la Libération et qui relèvent de l’intention de favoriser les entreprises de l’ennemi. Cette Cour de justice comprend un magistrat président, quatre jurés résistants et un commissaire du gouvernement. La procédure est similaire à celle d’une cour d’assises et les condamnés peuvent se pourvoir en cassation ou recourir à la grâce présidentielle. La Cour de justice de Rennes sera installée le 19 octobre 1944. Jusqu’à cette date, 566 personnes ont comparu devant le Tribunal militaire. 349 condamnations et 217 non-lieux ont été prononcés.
- Ordonnance du 26 août 1944 qui punit d’indignité nationale les Français qui, même sans avoir enfreint une règle pénale existante, se sont rendus coupables d’activités antinationales. L’indignité est prononcée par les Chambres civiques composées de cinq membres : un magistrat désigné par le premier président et quatre jurés. Alors qu’en Cour de justice, les accusés sont cités par le commissaire du gouvernement, les CDL peuvent traduire en Chambre civique des coupables présumés sans passer par lui. L’autre prérogative des CDL est d’avoir deux délégués qui établissent avec le premier président la liste des personnes susceptibles d’être jurés et connues pour leurs sentiments patriotiques. C’est  à partir de ces listes de cent noms que sont tirés les jurés, ce qui a souvent donné lieu à des polémiques, les jurés étant par définition hostiles aux inculpés. Le CDL appelle la population à dénoncer les collaborateurs par des plaintes précises et fondées à l’aide de formulaires ad-hoc. C’est à partir de ces plaintes qu’il établit un dossier et alerte les autorités.
- Ordonnance du 18 octobre 1944 sur les profits illicites réalisés entre le 1er septembre 1939 et le 31 décembre 1944, soit dans le commerce avec l’ennemi, soit dans le marché noir ou toute autre spéculation indue. Le CDL désigne trois délégués à la Commission de Confiscation des profits illicites (CCPI) d’Ille-et-Vilaine qui vont siéger avec six délégués des services financiers de l’État. Il n’est pas exagéré de dire que cette collaboration économique n’a pas fait l’objet d’une épuration particulièrement sévère : 113 millions pour l’Ille-et-Vilaine ; 18 millions pour le Finistère ; 12 millions pour le Morbihan et 17 millions pour les Côtes-du-Nord au 16 avril 1945.

Si le cadre juridique de l’épuration est fixé et en place, son application sur le terrain reste très difficile. Il faut avoir à l’esprit l’état de désorganisation du pays après les combats de la Libération. Véhicules, téléphones, machines à écrire, papier, tout ce qui est nécessaire aux enquêtes, manquent terriblement. Les prisons sont pleines et le camp Margueritte est saturé. Lors de la séance du 7 septembre, M. Becdelièvre s’insurge : « Le scandale du camp Margueritte continue. Les nègres font un véritable service de correspondance. Le lieutenant Biétry ou le capitaine Mercier ferment les yeux sur ce manège. » Heurtier se plaint qu’il y a autour du CDL de nombreuses fuites « Des agents auraient prévenu certaines personnes de leur arrestation imminente ». Quessot est d’avis « Que le clergé doit être épuré au même titre que les autres parties de la population. Le préfet pense qu’il faut songer aux conséquences… » Le 29 septembre, le Préfet annonce une série de mesures : enquêtes immédiates avec triplement du personnel ; 35 équipes de policiers vont travailler 24 heures après les demandes d’arrestation ; une cour militaire va fonctionner immédiatement. Encore faut-il trouver des inspecteurs de police connus favorablement de la Résistance, comme Jean Flouriot à Rennes. Le Préfet craint également que les magistrats, par trop d’indulgence ou trop d’esprit partisan, n’aiguillent vers la Cour civile de justice des gens qui devraient être passés devant le Tribunal militaire. Le CDL demande que la liste des arrestations soit publiée dans la presse. La Commission d’épuration s’interroge sur l’opportunité d’une arrestation massive des personnes inscrites dans les groupes et associations collaborationnistes. Le secrétaire propose qu’il y ait une arrestation opérée par tranches assez fortes, commençant par des personnalités d’un rang social élevé, désignées nommément par le CDL. Une arrestation massive de plusieurs centaines de personnes étant techniquement difficile. Un vœu est également adopté demandant l’internement administratif durant 2 ou 3 semaines des femmes ayant eu des rapports intimes avec les Allemands. Au vu de certaines « tontes » effectuées en ville, ces femmes étaient probablement plus en sécurité à Margueritte que chez elles… Malgré ces mesures, le 11 octobre, constat est fait que par manque de personnel il y a embouteillage du travail d’épuration en cours. 318 dossiers sont en souffrance depuis plusieurs semaines. Se pose aussi la question sur la culpabilité des membres du PNB ayant adhéré avant 1939.

Le bilan de l’activité du CDL35 mériterait un développement qu’il n’est pas possible d'aborder ici. Progressivement, il va devoir faire face à l’hostilité des élus et notables de la ville. Le 7 novembre 1945, le préfet avise le CDL de sa dissolution « Une des conséquences du discours de Foulon contre Teitgen et le MRP ». Prié de quitter les locaux du contour de la Motte, le CDL sera hébergé en 1946 par la CGT à la Maison du Peuple, rue Saint-Louis. Le Préfet réclamera à plusieurs reprises la restitution des dossiers d’enquête, mais sans succès. Ces dossiers seront ensuite transportés au siège du PCF, rue des Dames. Conséquence du coup de Budapest, le 8 novembre 1956, lors d’une manifestation, le local du PCF est pillé et les archives jetées par les fenêtres pour être incendiées. Alertés, quelques militants vont récupérer ce qu’ils peuvent.

mardi 28 avril 2015

Un journal clandestin rennais : « La Bretagne Enchaînée »

Comme le rappelle très justement Jacqueline Sainclivier dans son ouvrage sur la Résistance en Ille-et-Vilaine, jusqu’à la parution du premier numéro du journal La Bretagne Enchaînée, le 15 novembre 1941, la seule propagande clandestine écrite consistait essentiellement en tracts (notamment du Front National), papillons collés sur les murs, ou journaux parachutés depuis l’Angleterre.
Si l’histoire du journal clandestin La Bretagne Enchaînée, qui n’était en fait qu’une simple feuille imprimée recto-verso, est connue, il n’est pas inutile d’en rappeler la genèse. Á l’origine de cette publication on trouve trois groupes de résistants : deux à Rennes et un à Montfort-sur-Meu, qui agissaient chacun dans leur secteur de manière spontanée et sans aucune coordination. C’est à l’été 1941, que les chefs de ces petits groupes décidèrent de travailler ensemble à l’élaboration et à la diffusion de tracts. La rédaction des deux premiers est assurée par le professeur Victor Janton, puis imprimés sur une ronéo appartenant au docteur Joseph Lavoué, qui intègrera le réseau Johnny au mois d’octobre. La détention d’un seul de ces tracts vous envoyant immédiatement en prison, on comprendra aisément qu’il n’en subsiste aucun, hormis peut-être dans quelques dossiers d’archives de police. On sait qu’ils furent tirés à plusieurs milliers d’exemplaires et diffusés principalement sur Rennes par des étudiants et lycéens. C’est à la suite de ce deuxième tract que Victor Janton est arrêté le 29 août 1941 pour « propagande anti-nationale ». Le préfet d’Ille-et-Vilaine prononce alors un arrêt d’internement administratif d’un an au camp de Châteaubriant. Cette décision, publiée par L’Ouest-Éclair, va susciter une certaine émotion en ville car avant-guerre, Janton était un dirigeant de la section rennaise Parti Social Français (PSF), connu pour ses positions conservatrice et nationaliste.
L'Ouest-Eclair 13 septembre 1941
Janton arrêté, le groupe décide de passer de la confection de tracts à celle d’un journal appelé La Bretagne Enchaînée par le docteur Lavoué, qui fournit le papier. Les éditoriaux de la première page, ou « Chronique », sont rédigés par André Simon, Receveur municipal à la Mairie de Rennes, dont la fondée de pouvoir Léone Gérard, tape les stencils. Le docteur Lavoué et les étudiants (André Ménard, Louis et Pierre Normand, entre autres) ont en charge la rubrique locale au verso intitulée « Échos ». L’impression se fait soit à Rennes, chez le docteur Lavoué, soit à Montfort-sur-Meu, sur la ronéo de la mairie par Étienne Maurel, qui en est le secrétaire général.
Quatre exemplaires de La Bretagne Enchaînée sont connus : le N° 1 du 15 novembre 1941 ; le N° 2 du 1er décembre 1941 ; le N° 3 du 15 décembre 1941, et le N° 4 du 1er janvier 1942. Il y aurait eu un autre numéro le 15 janvier 1942, puis un autre au mois de février. Le tirage de ce journal clandestin, qualifié « d’organe gaulliste » par le préfet, oscillait entre 3 et 5 000 exemplaires. La diffusion est toujours assurée par des étudiants sur Rennes, mais aussi par des membres du groupe de résistance Maurel de Montfort-sur-Meu. Á la suite de l’arrestation de la plupart des membres de l’équipe, le journal va cesser de paraître. En effet, André Ménard est arrêté le 2 février 1942, ainsi que Louis Normand. Étienne Maurel est arrêté à son tour le 12 février, puis André Simon le 20 mars. Ce dernier sera libéré faute de preuves. Les autres mourront en déportation ou à Fresnes. Ces arrestations ne sont pas liées à la fabrication du journal, mais à un parachutage d’armes dans la région de Montfort-sur-Meu et une affaire de trahison à propos d’un poste émetteur installé chez Étienne Maurel.
Jusqu’à présent, seules les quatre feuilles recto de La Bretagne Enchaînée étaient visibles sur le site Gallica. Aucune reproduction du verso de ces feuilles qu’il suffisait pourtant de retourner. Peut-être a-t-on estimé qu’il n’était pas souhaitable de jeter ainsi en « pâture » les noms de commerçants ou notables rennais soupçonnés de collaboration par la Résistance. Ces « Échos », rédigés avec beaucoup d’humour, nous donnent un bref aperçu de ce qu’a pu être l’atmosphère de la vie rennaise sous l’Occupation en cette fin d’année 1941. La diffusion de ce journal hostile à l'Occupant mais aussi à Vichy n'est pas sans risque, à un moment ou l’Allemagne n’a jamais été aussi puissante.
Si La Bretagne Enchaînée était diffusée sur le département, elle l’était principalement à Rennes. Ce sont en effet des personnes bien connues des Rennais qui sont dénoncées : notables proches du régime de Vichy, professions libérales, dont beaucoup membres du groupe « Collaboration ». Les commerçants, soupçonnés à juste titre bien souvent, de profiter de la situation pour réaliser de bonnes affaires sont particulièrement ciblés. Et nous ne sommes qu’en 1941 ! Ces jeunes résistants ne peuvent imaginer les énormes profits que vont réaliser certaines entreprises ou industriels rennais jusqu’à la Libération : Constructions Tomine, Société L'Economique, Papeterie Bonnet-Dubost, Pelpel, Mayol-Arbona, etc.

La Bretagne Enchaînée N° 1 recto
La Bretagne Enchaînée N° 1 verso
Le N° 1 de La Bretagne Enchaînée parait donc le samedi 15 novembre 1941, soit quelques jours seulement après l’anniversaire de l’armistice dont le préfet, relayant les ordres de l’Occupant, a interdit toute manifestation publique. Malgré tout, et l’information ne figurera pas dans L’Ouest-Éclair, on s’en doute, La Bretagne Enchaînée signale que quelques « courageux garçons » ont accroché des drapeaux tricolores aux fils télégraphiques, à la grande satisfaction des « vrais Rennais » que le journal oppose à la « poignée de ratés » de la Collaboration. On remarquera ce conseil élémentaire de prudence concernant le repère de la « longueur d’onde interdite » en cas de confiscation du poste de TSF par les agents du commissaire spécial Morellon et de son collègue Piat, commissaire principal, chef des services de la Sûreté. Le commissaire Fernand Morellon, accusé d’avoir torturé des patriotes, fera l’objet d’un avis de recherche du 28 août 1944, alors qu’il est à Lyon, ville qui n’est pas encore libérée. Je n’ai pas réussi à trouver qui étaient ces deux femmes fusillées « secrétaires de l’UNC de Nantes ». L’Union Nationale des Combattants dont le président départemental est alors le docteur Patay. Comme beaucoup d’anciens combattants de sa génération, le docteur Patay, qui a perdu une jambe lors du conflit, est un maréchaliste bon teint. Les anciens Rennais qui l’ont connu le décrivent plutôt comme un brave type ne partageant pas les idées nazies et bien incapable de dénoncer qui que ce soit. La Bretagne Enchaînée informe donc ses lecteurs que le « petit Pierre Arthur », directeur de L’Ouest-Éclair, transformé en « L’Ouest-Hitler », a refusé la présidence, du groupe « Collaboration ». Ce qu’acceptera sans rechigner René Guillemot, propriétaire des Nouvelles Galeries. C’est le 16 novembre justement, qu’un des fondateurs de « Collaboration », le Rennais Alphonse de Châteaubriant, donnera une conférence au Théâtre municipal de la ville. Parmi les auditeurs présents ce dimanche, probablement quelques étudiants catholiques du « foyer Saint-Denis », situé rue des Dames, auxquels le journal conseille malicieusement de se méfier d’un certain « aumônier haut juché » qui n’était autre que l’abbé Armand Pocquet du Haut-Jussé. Épinglés eux-aussi : Roger Gobled, propriétaire de la librairie des Facultés, et Robert Cousin, le secrétaire général de la Préfecture.

La Bretagne Enchaînée N° 2 recto
La Bretagne Enchaînée N° 2 verso
Le N° 2 donne un savoureux compte-rendu de la conférence d’Alphonse de Châteaubriant avec une étonnante référence à Michel-Maurice Lévy, ce facétieux compositeur d’opérettes qui signait ses œuvres du pseudonyme « Bétove » ! On ne sait si le « Chateaubriand aux pommes » était au menu, mais le « croque-mort du verbe » dinera le soir même au restaurant La Chope, dont il signera le livre d’or. Le préfet François Ripert, rebaptisé « Ripertrop », était-il présent ce soir-là ? L’Ouest-Éclair affirme que oui, alors que pour La Bretagne Enchaînée il s’était fait représenté. Quoi qu’il en soit, nos étudiants chroniqueurs semblent mieux informés sur le « Siegfried » de cette épouse d’un « garagiste connu » de la ville, ou sur cette pharmacienne de la place de Bretagne et son « Serin » de mari. Tout en précisant qu’il fait bien la distinction « entre un Morellon et un brave agent de police » ou « entre un Métayer qui sert à quatre pattes et les commerçants corrects » le journal demande à ses lecteurs de ne plus porter leur argent « aux Collaborateurs de l’Ennemi. Une première liste vous sera bientôt fournie ».

La Bretagne Enchaînée N° 3 recto
La Bretagne Enchaînée N° 3 verso
Le N° 3 propose effectivement une rubrique intitulée « Collaboration » en dénonçant un certain « sieur Duprez, Président de la Société Rennaise d’escrime », décrit dans des termes que l’on s’attendrait à trouver plutôt dans la presse collaborationniste de l’époque que dans un organe de la Résistance : « Cette galanterie qui sent encore son ghetto (…) remarquer son nez racial ! » Vient ensuite une liste de « Collaborateurs de l’ennemi » dont quelques-uns « pris dans le monde des commerçants ». Dans ce contexte de pénurie et de privations de toute sorte, les Rennais nourrissaient un fort ressentiment contre les « profiteurs » et autres commerçants qui ne semblaient pas souffrir particulièrement de l’Occupation. Bien au contraire. Parmi ces commerçants désignés à la population, tous n’étaient pas des « collabos », loin s'en faut. Bon nombre d’entre eux seront disculpés ou leurs dossiers classés sans suite à la suite des enquêtes effectuées à la Libération. Un William Bessec, qui possède trois magasins de chaussures, par ailleurs Président du comptoir d’achat de la chaussure de France, et du Syndicat des détaillants de chaussures de Bretagne, membre du conseil d’administration de la banque de France de Rennes, réagit aux accusations portées contre lui : « Si mon nom a été inséré dans La Bretagne Enchainée, je crois que c’est l’objet d’une vengeance de la part de clients mécontents ou de gens jaloux ». Si le commissaire chargé de l’enquête relève que Bessec « Ne jouit pas de l’estime de ses collègues qui le considère comme un homme désirant s’approprier le monopole de son commerce à Rennes », il conclura que « L’enquête n’établit pas de façon certaine que pendant l’occupation M. Bessec commit des actes contre son pays. » L’affaire sera classée sans suite « Faute de charges suffisantes ». Il faut croire que l’expression ne choquait pas grand monde à l’époque, car c’est bien sous le terme de « Métèques » que La Bretagne Enchaînée désigne ensuite des commerçants d’origine espagnole, italienne ou juive installés à Rennes. 

La Bretagne Enchaînée N° 4 recto
La Bretagne Enchaînée N° 4 verso
Après avoir conclu sa Chronique par ses vœux de « Courage et Espérance », le N° 4 de La Bretagne Enchaînée signale à ses lecteurs qu’un certain M. Paris, professeur à la faculté de droit, offre une récompense de 1 000 francs à qui désignera l’auteur d’un article probablement désobligeant à son égard. D’après le journal, il s’agit de M. Duffieux, professeur à la faculté des sciences. Une nouvelle liste de « Collaborateurs » dans la médecine et le Barreau est publiée puis un astucieux découpage de papillons de propagande franciste. Plus tard, le 10 juillet 1942, les docteurs Tizon, Perquis, Doisy, Massot, et l'avocat Perdriel-Vaissière installeront le Comité des Amis de la LVF.
Ainsi s’arrête la brève existence de ce modeste journal clandestin, dont la plupart des rédacteurs, diffuseurs ou résistants du groupe Maurel seront arrêtés puis déportés. Très peu reviendront des camps nazis.
Pour plus d'informations sur l'histoire de ce groupe voir le site http://memoire-de-guerre.blogspot.fr/

samedi 18 avril 2015

Pierre Duclos n'est plus

Louis-Marie Davy vient de m'annoncer la triste nouvelle. Pierre Duclos nous a quitté la nuit dernière pour rejoindre son copain Glenmor. Les anciens lecteurs et lectrices du Canard de Nantes à Brest auront une pensée émue pour son fondateur et journaliste respecté de tous. Comme les autres membres de l'équipe du journal, je lui dois beaucoup. Ces quelques unes un peu jaunies, qui nous rappellent ce beau mois de mai 1981.

                    
                       





Je retrouve également ce N° 92, avec sa une sur Armand Robin et une bonne critique de Françoise Morvan. C'était au mois d'avril 1981, il y a 34 ans maintenant. C'était avant. A l'époque je me déplaçais beaucoup en Bretagne pour le Canard, et Armand Robin m'était totalement inconnu. Du coup, j'ai tout acheté à la librairie de quelqu'un que j'aimais beaucoup à Quimper : Bernard Guillemot, qui venait de fonder les éditions Calligrammes, qui éditait aussi Grall et Perros. Je ne pouvais désormais plus traverser Plouguernével sans penser à Robin. Plus tard, après la fin du Canard, il en sera de même au Portugal, avec Pessoa, édité par Bourgois et découvert dans Libération.
L'aventure du Canard de Nantes à Brest mériterait assurément un travail de recherche universitaire (Peut-être cela a-t-il été fait ?). Il ne faudrait tout de même pas oublier, et je doute que les rubriques nécrologiques de la presse régionale en fasse état, que Pierre Duclos a été "viré" d'Ouest-France pour avoir fait son vrai travail de journaliste, sans concession. L'émotion était considérable à l'époque.
Pour la première fois, le plus important quotidien régional de France a été en grève et n'a pas paru pendant plusieurs jours par solidarité des journalistes avec Pierre. Ce n'était tout de même pas rien ! Il faut lire à ce sujet les livres sur l'histoire de ce quotidien du regretté Guy Delorme. Ce licenciement a fait l'objet d'un dossier établi par la section rennaise de la Ligue des Droits de l'Homme (Fonds Charles Foulon). C'est à la suite de cette affaire que Pierre Duclos a décidé de créer le Canard de Nantes à Brest, en 1978.








 

























7 janvier 2017
Je viens d'apprendre avec beaucoup de tristesse le décès d'Alain Latimier, lui aussi membre de l'équipe du Canard.