vendredi 10 avril 2020

L'étonnante analyse du Mouvement breton sous l'Occupation, par Jacques Vassal


Le confinement, cela peut-être aussi l’occasion de faire un peu de « désherbage ». Ainsi cet ouvrage, que je retrouve avec sa première de couverture tout à fait dans le style de l’époque : la nouvelle chanson bretonne, de l’excellent Jacques Vassal dans lequel l’auteur aborde brièvement la période de « L’Occupation et l’Épuration » du Mouvement breton. Il est paru il y a près de 50 ans maintenant, c’est-à-dire avant le livre de référence d’Alain Deniel, Le Mouvement breton 1919-1945, Maspéro, 1976 ; puis celui de l’historien « autonomiste » Michel Denis, Mouvement breton et fascisme : signification de l’échec du second Emsav, PUF, 1977 ; et enfin les travaux qui font autorité de Michel Nicolas, Histoire du Mouvement breton, Syros, 1982. Le texte de Vassal, qui n’est pas historien, est daté, sans aucun doute ; mais c’est précisément ce qui en fait son intérêt. Imagine-t-on aujourd’hui un historien, fût-il « autonomiste » asymptomatique, se livrer à une telle analyse ? J’entends d’ici les cris d'orfraie :



L'OCCUPATION ET L' « ÉPURATION ».

« À l'approche de la guerre et dans ses premiers mois, la diplomatie allemande laissa croire à qui voulait l'entendre qu'elle serait favorable, dans le cas d'une « liquidation » de l'État français, à l'indépendance de la Bretagne. Il n'en fallut pas plus à Mordrel et à Debauvais pour s'exiler à Berlin dès la déclaration de guerre. Pendant plusieurs mois, ils y plaidèrent la cause de leur pays, mais en vain. Deux tendances, en effet, s'affrontaient dans l'entourage d'Hitler celle du démembrement total de l'État français (cf. ci-dessus) et celle de la collaboration avec un gouvernement fantoche, qui devait prévaloir dès juin 1940. Le revirement fut brusque puisque, si l'on en croit Yann Fouéré (cf. La Bretagne écartelée), les journaux de Berlin venaient de préparer des articles annonçant l'indépendance de la Bretagne, et ces éditions furent suspendues en cours de tirage « sur ordre d'en haut ».

Olier Mordrel à Rome, 1939
Faisant succéder la maladresse à la naïveté, Mordrel et Debauvais rentrèrent en Bretagne en empruntant une colonne de blindés allemands. Les accusations, non vérifiées, allèrent bon train évidemment. Pourtant, si l'on se réfère à leurs attitudes d'avant-guerre, les Breiz-Atao n'étaient pas nazis : en 1929, ils avaient supprimé de leur emblème la svastika celtique, avec laquelle Hitler commençait déjà à pavoiser. Tout au plus pourrait-on dire que Breiz-Atao avait subi la fascination et le mimétisme des mouvements de droite parisiens comme les Croix de Feu ou les Camelots du Roi, très en vogue dans les années 30. Le Conseil national breton, formé en 1940, n'eut qu'un rôle limité, puisque le gouvernement de Vichy ne voulait lâcher aucun morceau de la France. En revanche, Pétain s'étant prononcé pour un retour à un « provincialisme » au demeurant aussi vague que désuet, les hommes de pointe de l'Emsav en profitèrent pour réclamer et obtenir, de 1940 à 1944, ce que dans l'histoire aucun gouvernement français n'avait accordé aux Bretons : l'enseignement de leur langue dans les écoles et un certain nombre de droits culturels. Roparz Hémon fut speaker à Radio-Rennes, et les journaux bretons, dans les deux langues, purent aussi utiliser les presses réquisitionnées des quotidiens d'avant-guerre. Le plus connu de ces journaux, l’Heure Bretonne, ne ménagea du reste pas ses critiques à l'adresse de Vichy comme de Berlin.

Il est donc fallacieux de dire, comme certains s'en empressèrent : «Breiz-Atao égale collabo.» Mais il est exact que Vichy et les Allemands tolérèrent l'activité bretonnante. Maigres concessions qui n'empêchèrent pas la Bretagne de devenir l'un des plus précoces et des plus actifs foyers de la Résistance. Elles furent pourtant, dès la Libération, prétexte à une répression féroce et insatiable pour justifier la liquidation à bon compte de l’Emsav, la République renaissant de ses cendres, le jacobinisme suivait de près. L'épuration « légale » fut, comme dans l'ensemble de la France, précédée d'une série de règlements de comptes, d'assassinats et d'arrestations tout à fait arbitraires. Toute personne qui montrait le moindre signe de bretonnité était suspecte de collaboration : dessins celtiques sur les sabots d'un enfant, sonneur de biniou, ancien abonné à Breiz-Atao (les listes dataient d'avant-guerre!), voilà qui suffisait pour dénoncer et abattre quelqu'un. Les procès « légaux » de militants bretons durèrent jusqu'en 1947 et leur sévérité indigna les Gallois qui envoyèrent une commission d'enquête. Elle rapporta des témoignages accablants contre la justice française, mais cela resta ignoré chez nous : le mouvement politique breton était anéanti et voué à l'opprobre national. Aujourd'hui encore, l'Emsav en subit les conséquences lointaines. »
Jacques Vassal, la Nouvelle Chanson bretonne, Albin Michel, 1973, p. 57-59

samedi 28 mars 2020

On n'engraisse pas les cochons à l'eau claire


Archives et bibliothèques étant fermées pour cause de « confinitude », comme dirait l’autre, j’en profite pour faire un peu de ménage dans mon ordinateur et tombe sur une intéressante lettre de Charles Foulon, secrétaire du Comité départemental de la Libération (CDL 35), en date du 11 décembre 1945, adressée à Maître Daucé, avocat au barreau de Rennes, au sujet de Jean-Pierre Louail, qui exploite une ferme située au Poirier-Nivet, faubourg de Saint-Laurent : « Il vient de recevoir une convocation à comparaître devant la Chambre correctionnelle économique, et vous pourrez vous rendre compte qu’il s’agit là d’une affaire de peu. Il n’est en effet, à en croire le témoignage de l’intéressé (parfaitement digne de foi) question que d’un marché, passé avec l’unité allemande stationnée au Lycée de garçons de Rennes, et qui permettait à M. Louail d’obtenir les eaux grasses contre un cochon par trimestre. Ce cochon trimestriel est à l’origine de l’affaire. Mais en admettant qu’il y ait bénéfice, (et c’est à prouver) il ne serait à mon avis que justiciable de la C.C.P.I. Enfin ces messieurs, ne sachant ou ne voulant pas arrêter Bonnet-Dubost et Sordet, se rattrapent sur des Louail. »

A cette époque, Foulon habite au 7 bis, boulevard Volney, donc pas très loin de chez Louail : « Ce que je puis dire, c’est qu’à mes yeux, M. Louail, qui est mon fournisseur habituel de lait, est un brave homme. » Foulon précise que Louail fournissait également son voisin M. Leray, qui hébergeait Le Gorgeu, pendant que lui-même accueillait Tanguy-Prigent. Plus intéressant : « Il a hébergé chez lui un résistant interdit de séjour à l’Ile aux moines, qui s’était réfugié à Rennes après une condamnation par les Allemands. D’autre part, il a accepté, en mai 1942, d’héberger chez lui un jeune juif, Robert Neimann, élève au Lycée de garçons de Rennes, dont le père était déporté. Malheureusement ce jeune homme ayant préféré demeurer avec sa mère, fut déporté lui-même avec celle-ci le 16 juillet 1942, en Allemagne et en Europe orientale, où il doit être mort. »

Robert Neimann.
Robert Neimann « Apatride d’origine russe », né le 29 septembre 1924 à Paris, a été l’élève de Charles Foulon au Lycée de Rennes, avant d’être arrêté le 16 juillet 1942, rue Duhamel, où ses parents étaient tailleurs. Déporté sur Auschwitz, il ne reviendra pas. A ce sujet, on peut consulter L'écho des colonnes, n° 33, septembre 2009, bulletin de l'AMELYCOR.



Fonds Foulon, Archives de Rennes
Charles Foulon, du fait de ses fonctions au CDL, s'était fait beaucoup d'ennemis au sein des nationalistes bretons lors des procès de l'épuration. Ainsi ce "petit colis" reçu au mois d'avril 1945 et posté de Paris probablement par un membre du PNB. Ce qui ne l'empêchera pas d'intervenir à plusieurs reprises auprès de Tanguy-Prigent en faveur de Claudine Mazéas, qui avait été arrêtée avec sa mère juive, sa grand-mère et son frère, puis transférée à Drancy, où elle contractera une pneumonie, afin qu'elle obtienne une pension. Contenant des informations médicales, le dossier n'est pas consultable.

vendredi 14 février 2020

L'arrestation de Pierre et Jean-Marie Dupouy

Article du journal Le Télégramme, Steven Lecornu
Le 6 janvier dernier, j'ai écrit à M. Stéphane Le Doaré, Maire de Pont-l'Abbé, lequel n'a toujours pas eu la courtoisie de me répondre, pour lui demander des précisions à propos de ses déclarations sur Youenn Drezen, présenté comme un délateur. Accusations d'autant plus graves que des personnes mal informées ne manqueront pas de faire un lien avec l'arrestation, suivie d'une déportation, des deux fils d'Auguste Dupouy, dont la rue jouxte celle de Drezen, qui n'a rien à voir avec ces dénonciations.
Pierre Dupouy
Pierre Dupouy, né en 1916, et son frère Jean-Marie, né en 1920, étaient tous les deux membres du réseau Turma-Vengeance, l'un des plus importants mouvements de résistance en France, bien implanté en Bretagne. Le 20 avril 1944, les Allemands effectuent une descente de police à l'Hôtel du Cheval d'Or, place de la Gare à Rennes, dont la propriétaire est Mme Tanguy, membre du réseau Bordeaux-Loupiac, où doit se tenir une importante réunion de résistants sur l'organisation de parachutages d'armes. Tout le monde est arrêté puis emmené prison Jacques Cartier. Au même moment, en lien avec ces arrestations, les Allemands, accompagné de deux agents français du SD, font une rafle au café de Paris, rue Châteaurenault à Rennes. Parmi les résistants arrêtés, se trouvent les deux frères Dupouy et Joseph Meingan, 31 ans, chef de bureau aux Assurances sociales de Quimper, membre des Corps Francs de Turma-Vengeance et ancien responsable régional du Bureau des Opérations Aériennes (BOA) de Londres. Le 11 septembre 1945, après son retour de déportation, il témoigne : "J'ai été arrêté le 20 avril 1944, place de la Mairie à Rennes, à ma sortie du café de Paris, rue Châteaurenault. Ceux qui m'ont arrêté sont les nommés Le Ruyet et Gellier, agents de la Gestapo. Ils me conduisirent immédiatement, sous la menace de leurs revolvers à la Standortkommandantur. Après examen de mes papiers, je fus emmené rue Jules Ferry au siège de la Gestapo où je retrouvais mes camarades qui avaient été pris dans la rafle de l'Hôtel du Cheval d'Or. Ici nous avons subit un interrogatoire de trois jours et trois nuits, avec tortures. Le Ruyet et Gellier étaient les premiers à me matraquer et à me frapper. Le Ruyet s'est même fait prendre à partie par les Allemands pour sa violence. Il s'était fait mal aux mains à force de me frapper et il ne pouvait même plus écrire (1). J'ai également eu Hervé qui est venu m'interroger et me frapper mais beaucoup moins violemment que les autres (2). Comme autres mauvais traitements, j'ai subit les immersions dans la baignoire et la chaise électrique. J'ai ensuite été emmené à Jacques Cartier en cellule, j'ai été déporté en Allemagne par le convoi du 2 août 1944. J'ai fait successivement la prison de Belfort, les camps de Natzweiler, Dachau, les kommandos de travail d'Allact et d'Haslach; à ce dernier je suis tombé définitivement paralysé. En février 1945, j'ai été transporté au camp de repos de Weigen, où j'ai pris le typhus. C'est là que j'ai été libéré le 8 avril 1945, par les troupes françaises."
Jean-Marie Dupouy
Jean-Marie Dupouy est mort le 20 avril 1945, peu de temps avant son rapatriement du camp de Bergen-Belsen. Son frère Pierre est mort le 18 avril 1945, sur le Cap Arcona, un navire de luxe allemand transformé en camp de concentration flottant dans la baie de Lübeck-Neustadt. Les conditions de vie à bord du bateau étaient effroyables. Le navire sera bombardé puis coulé par l'aviation britannique le 3 mai 1945. 
(1) Joseph Le Ruyet, qui avait été exclu du PNB, était interprète au SD. Il sera fusillé à la Libération. 
(2) René-Yves Hervé, agent du SD qui avait infiltré le groupe Gallais de Fougères. Je lui ai consacré un chapitre dans mon livre Agents du Reich en Bretagne.

vendredi 3 janvier 2020

Youenn Drezen ou la "damnatio memoriae" de Pont-l'Abbé


La ville de Pont-l’Abbé est indissociable de l’œuvre de Youenn Drezen, comme l’était Saint-Brieuc pour celle de Louis Guilloux, autre écrivain breton qualifié avant-guerre de « populiste ». En 2004, dans mon livre Le Bezen Perrot, page 20, j’écrivais ceci : « Au mois d’août 1941, Youenn Drezen sort son roman Itron Varia Garmez, dont la version française sera éditée en 1943 chez Denoël, passé depuis sous contrôle allemand. Renvoi d’ascenseur après sa critique élogieuse des Décombres de Lucien Rebatet paru chez le même éditeur ? Comme Roparz Hemon, Drezen est partout : Gwalarn, Arvor, La Bretagne, Radio Rennes-Bretagne, et surtout L’Heure bretonne où derrière le pseudonyme de Tin Gariou il signe des articles qui ne se lisent pas aujourd’hui sans éprouver un certain malaise. » Ayant eu, en 1999 et sur dérogation, accès à son dossier d’instruction, j’ajoutais dans une note de bas de page que, contrairement à ce qu’avait écrit Bernard Le Nail (qui ne cite pas ses sources) dans son Dictionnaire des romanciers de Bretagne (1999) : « acquitté par les tribunaux et libéré, il alla vivre à Nantes », Drezen ne pouvait pas avoir été acquitté puisqu’il n’y avait pas eu de procès. En effet, sur intervention de son ami René-Yves Creston auprès du commissaire de la République Le Gorgeu, le dossier a été classé sans suite. Cependant, le 24 février 1945, après six mois de détention au camp de Margueritte, le préfet d’Ille-et-Vilaine prononcera une décision de « libération immédiate avec éloignement de Rennes ». Mesure qui sera levée le 22 mars 1946. 
D’avoir dévoilé tout cela m’a beaucoup été reproché dans les milieux nationalistes bretons de
l’époque, et pas toujours de façon courtoise. A deux reprises, Quimperlé et Brest, j'ai été l'objet de menaces de la part d'un mouvement d'extrême-droite bretonne. Ce qui est assez piquant quand d'un autre côté on m'accuse de vouloir réhabiliter les nationalistes du PNB ou de "minimiser", voire de "dissimuler" les exactions des membres du Bezen Perrot !
Rien dans le dossier de Drezen ne permet d'avancer qu'il ait dénoncé qui que ce soit. Il était antisémite, comme l'étaient tant d’autres écrivains de l’époque, qui ont toujours une rue et un collège à leur nom, comme Roger Vercel à Dinan par exemple. D’après une contre-enquête des RG en date du 3 décembre 1946 sur : « La surveillance de nationalistes bretons après-guerre », il ne semble également pas y avoir eu de volonté : « de nuire aux patriotes et aux résistants ». Tout cela n’excuse évidemment en rien ses écrits antisémites – alors qu’il n’y a rien de tel dans ses romans – pendant que les nazis déportaient les Juifs vers les camps de la mort.
Pour autant, n'ayant pas pour habitude de hurler avec les loups, la vie de Youenn Drezen doit-elle se résumer à ces quatre années sous l’Occupation, avec pour conséquence ce qui revient à une « damnatio memoriae » (effacement, dans l’Antiquité, d’une personne, à travers textes, images ou sculptures) ? Lors de la séance du conseil municipal du 3 décembre 2019, le maire Stéphane Le Doaré a déclaré : « Je ne remets pas en cause les qualités littéraires de cet auteur, mais Youenn Drezen a collaboré en écrivant dans des journaux imprimés sur des rotatives allemandes. » De son côté, l’adjoint à la culture Bernard Le Floch ajoute : « L’auteur d’Itron Varia Garmez et de Skol Louarn restera un écrivain de talent, un écrivain majeur de la langue bretonne. Les égarements de sa plume trop tardivement mis en lumière rendent incompréhensible son aveuglement. » C’est à peu près ce que j’écrivais il y a vingt ans dans mon ouvrage Les nationalistes bretons sous l’Occupation, p. 221 : « En effet, et bien qu’ils n’étaient pas inscrits au PNB, car plutôt fédéralistes avant-guerre et ne partageant absolument pas les thèses sturiennes d’un Mordrel, des intellectuels ou des écrivains comme Roparz Hemon, Fañch Elies ou Youenn Drezen, se garderont bien de prendre leurs distances. Aveuglés par leur unique sujet de préoccupation, la langue bretonne ; par opportunisme ou impatience intellectuelle, ces hommes vont suivre sans réticences le Mouvement dans la voie de la collaboration avec quelques dérapages littéraires du plus mauvais effet. Certes, des Giraudoux, Colette, Cocteau, Morand, Paulhan et bien d’autres vont prêter leur plume sans états d’âme aux organes de la collaboration parisienne, etc. » (1) Je ne pense donc pas avoir fait preuve de complaisance à l'égard de Youenn Drezen. Mais plutôt que d'effacer toute trace de sa mémoire dans sa ville natale, ne serait-il pas souhaitable de nommer un lieu « Itron Varia Garmez », roman emblématique de Pont-l'Abbé ?
(1) Les articles dont je parle sont ceux publiés par Drezen dans L'Heure Bretonne, signés Tin Gariou ou Corentin Cariou. Je n'avais pas retenu celui, détestable, sur "L'étoile jaune", paru dans Arvor, car il n'était pas signé. 
Ajouté le 5 janvier. N'ayant lu que Ouest-France, je n'avais pas connaissance du compte-
rendu de la séance du Conseil municipal fait par le journal Le Télégramme, qui cite deux déclarations du maire de Pont-l'Abbé : "Des travaux universitaires ont démontré qu'il a collaboré pendant la guerre en participant à la dénonciation", puis : "Youenn Drezen a balancé des gens sous une fausse identité. Ces gens ne sont jamais rentrés chez eux." L'accusation est des plus graves et l'argument particulièrement spécieux car si c'est ce à quoi pense le maire, il tend à faire l'amalgame entre des articles de L'Heure Bretonne, que Drezen signait de son pseudonyme "Tin  Gariou", où il désigne une catégorie de personnes (délit d'opinion), avec des résistants ou des Juifs en particulier, qui ont été dénoncés puis arrêtés et déportés par les Allemands vers des camps dont ils ne sont jamais revenus. Comme c'est le cas justement des deux jeunes fils d'Auguste Dupouy, dont la rue donne sur celle de Drezen. Lorsque l'on traite de cette période dramatique de l'épuration, les mots ont un sens : un délateur était traduit devant la Cour de justice, son dossier n'était pas classé sans suite. Par souci de vérité historique, le maire de Pont-l'Abbé se doit de nous dire d'où il tient son information d'un Drezen délateur et surtout qu'il nous révèle le nom des patriotes ou des Juifs, dénoncés par lui à la police de Vichy ou à la Gestapo.
 

dimanche 29 décembre 2019

La colère d'un "vieux et bon Français" face au comportement de fonctionnaires de la Caisse d'Epargne de Rennes sous l'Occupation.


Les 75 000 internautes qui ont eu la curiosité de consulter mon blog ont pu remarquer que je ne l’ai guère alimenté depuis cet été. Cela tient tout simplement au fait que je suis très accaparé par mon prochain ouvrage, dont je commence à voir la fin. Pour patienter, en cette fin d’année plutôt agitée sur le plan social, puisqu'il est question encore et toujours de ces "privilégiés" de fonctionnaires, je vous propose un moment de détente avec cette étonnante lettre qui, heureusement, ne sera pas suivie d'effet.


Monsieur le Préfet Régional
Je me permets de vous écrire directement et personnellement en tant que contribuable, grand blessé de guerre et père de famille nombreuse.
Je commence par vous dire que je suis un homme du Maréchal.
Je tiens à porter les faits suivants à votre connaissance : Il existe à la Direction des postes à Rennes, un bureau de la Caisse d’Épargne dont la gestion constitue, moralement un vrai scandale.
Ce bureau est dirigé par une dame M., assistée d’une surveillante, la dame A.
J’accuse publiquement.
1o) Madame M. et madame A. de ne jamais embaucher à l’heure, bien que chefs, donc devant donner l’exemple. Par contre, elles sont toujours parties un quart d’heure avant l’heure de départ.
Le bureau ouvre à 8 heures. Or, il est patent que madame M., logée administrativement et dont l’appartement est contigu à ses bureaux, ne vient jamais qu’à 9 heures, dix heures, ou même pas du tout.
Quand un inspecteur arrive, une certaine dame B. courre (sic) la chercher chez elle et personne n’y voit rien, sauf les employées.
Quant à la dame A., surveillante, elle n’est jamais là avant huit heures vingt ou huit heures trente. Bien entendu le personnel n’étant pas surveillé, vient quand il veut et à l’heure qu’il lui plait. J’ajoute qu’il s’en va de même, dix ou quinze minutes avant l’heure. Pour vérifier tout ceci, il suffirait que M. le Préfet Régional envoie un homme à lui, dont il soit sûr, pour le vérifier (et non pas un inspecteur des Postes qui ne voudra rien signaler, bien qu’au courant…) L’entrée de ce bureau est : escalier de la radio, au 1er étage. Passer sous la voûte du bâtiment des Postes, prendre la première porte à droite, rue du Pré-Botté, entre le passage voûté et la rue de la Chalotais. Monter au 1er étage.
Une inspection faite à huit heures du matin, à l’improviste, édifierait votre représentant. En tant que contribuable, j’estime scandaleux de payer des impôts pour de pareils fonctionnaires.
2o) J’accuse Mme M. de vol. Cette dame a volé des bicyclettes à de malheureux réfugiés. Pour l’établir, je demande d’abord une perquisition serrée chez cette dame et une recherche de l’origine des bicyclettes que l’on y trouvera. Ensuite un interrogatoire des deux jeunes gens dits « boulistes » du bureau qui sont au courant et situeront exactement les circonstances du vol.
3o) J’accuse Mmes M. et A. ainsi qu’une certaine dame B., du même bureau, de propagande anglophile et gaulliste éhontées, notoire et publique.
Les employées du bureau qui restent Françaises, sont insultées, menacées et l’objet de réflexions désobligeantes. Quiconque n’est pas gaulliste est mal vu dans ce bureau.
Le Maréchal est traité publiquement  par ces trois dames de vieille noix, vieille baderne, baveux, etc…
Je ne sais si les employées voudront parler sur ce chapitre car celles qui ne sont pas gaullistes sont absolument terrifiées par ces trois dames et craignent des représailles.
4o) Vous pourriez enfin prescrire une enquête très serrée sur la scène scandaleuse et publique qui a eu lieu dans ce bureau entre Mmes A. et M. le samedi 22 courant. Vous seriez édifié sur la valeur morale, l’autorité et la façon de se tenir de ces deux chefs.
J’accuse Mme M. d’être la risée de ses subordonnées en raison de son peu de zèle, de son absence de toute qualité de direction et de son incapacité notoire. Cette dame ne doit sa nomination, fait connu, qu’à la cause des attaches de son mari, clerc de notaire à Rennes, avec la F.o M.o, ce que chacun sait.
Je vous demande, M. le Préfet :
1o) La révocation de Mme M. incapable administrativement et coupable de vol.
2o) L’envoi dans d’autres localités de Mmes A. et B. en raison de leur propagande anglophile et gaulliste et des sévices exercés sur les femmes patriotes du bureau ainsi que du mauvais exemple donné par leur peu de zèle.
M. le Préfet Régional, je crois devoir porter ces faits à votre connaissance et vous prie d’agréer mes respectueuses salutations.
Vive le Maréchal.
Un vieux et bon Français outré par ce qu’il a appris sur ce bureau.
Monsieur le Préfet, je compte que ma lettre sera suivie, notamment l’affaire de vol de bicyclette, facile à établir. S’il est nécessaire, je saisirai le Procureur de la République et la presse (La Gerbe ou Je suis partout, par exemple).