mercredi 5 décembre 2018

L'étrange histoire d'un rescapé breton du HMS Hood


L’Ouest-Éclair, 27 mai 1941
Hier soir, alors que j’entreprenais un zapping frénétique sur mon « appareil récepteur de télévision », je tombe par hasard sur des images de la fin du Bismarck, diffusées par la chaîne RMC Découverte. Ce n’est pas que j’apprécie particulièrement la façon dont cette chaîne aborde l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, préférant de loin Arte, mais le sujet a retenu mon attention car avant d’être torpillé, ce cuirassé avait coulé le HMS Hood, un 24 mai 1941.
Cet épisode dramatique de l’histoire navale de la Seconde Guerre mondiale est connu et a fait l’objet de nombreuses publications, je ne m’y étendrai donc pas. Sinon pour rappeler que les Forces Navales Françaises Libres (FNFL) n‘ayant pas assez de navires pour embarquer tous les volontaires, bon nombre d'entre eux seront affectés sur des bâtiments de la Royal Navy. Ce qui explique que parmi les victimes, il y avait cinq marins français : Abry Robert, Blondot Jean, Minard André, Rannou Joseph, Tamarelle Marius. Sur un peu plus de 1 400 hommes d’équipage, on ne repêchera que 3 survivants britanniques : un aspirant et deux matelots.
Ce documentaire m’a remis en mémoire un témoignage indirect en lien avec cette tragédie. Il s’agit d’un texte de souvenirs d’un jeune officier présent au camp de Camberley, au sud de Londres, où étaient regroupés tous les volontaires FFL lors de leur arrivée en Angleterre. Parmi ceux-ci, Jacques Mantoux, entré à l’école polytechnique, alors repliée sur Lyon, en 1941, où il a été l’objet de vexations et humiliations du fait de ses origines juives. En janvier 1943, après un passage par l’Espagne et Gibraltar, Mantoux s’engage dans les FFL.
Jacques Mantoux
Après la guerre, il a rédigé un livre de souvenirs sur son séjour à Camberley où il dresse quelques portraits de volontaires, dont celui de cet étrange marin breton : « Il y avait aussi le brigadier Daniel, un Breton court sur pattes, mais plutôt fait en largeur, et surtout totalement hébété, qui était un cas d'entre tous les cas. Inscrit maritime en France, il s'était trouvé, je ne saurai jamais comment, quartier maître sur un croiseur de bataille fameux de la Marine britannique, le "Hood". En mai 1941, dans l'Arctique, le Hood, qui croisait en solitaire, se trouva, par pur hasard, sur la route du plus puissant navire de combat allemand, le tout nouveau cuirassé Bismarck, de 35000 tonnes, lancé dans ce qui fut la dernière tentative allemande de semer le ravage dans le trafic maritime allié dans l'Atlantique au moyen de navires de surface. Le Bismarck, déterminé à forcer le passage, engagea le combat à limite de portée de canons et, par un terrible coup de chance (ou de malchance) coula le Hood avec sa première salve ou à peu près: elle tomba dans une des cheminées et explosa dans les soutes à munitions. Le Hood coula en un instant, ayant tout juste le temps de signaler son naufrage et sa position. Dans la mer glaciale, les sauveteurs, quand ils furent rendus, trouvèrent quatre survivants d'un équipage de plus de mille hommes. Daniel était l'un des quatre. Resté en vie, réformé par la Marine britannique et remis aux F.F.L., il avait été versé, plutôt par charité, à la batterie de Camberley, en subsistance. On ne lui demandait aucun service. Ses paroles étaient indistinctes. Mais le samedi, une Rolls Royce venait le chercher pour l'amener dans la famille d'un des officiers disparus du Hood. Elle l'avait adopté. Il était pour elle un être sacré. Ce qui pouvait se passer dans quelque riche demeure, entre cette famille distinguée et ce malheureux, on ne peut se me représenter. Mais ce geste répété avec tant de fidélité m'est resté en mémoire, comme un symbole émouvant d'un des types de valeurs de la société britannique. »
J’avoue avoir du mal à croire en cette incroyable histoire et me perdre en conjectures. Pourtant, lors de son passage à Camberley, Jacques Mantoux donne l’impression d’être un jeune homme sérieux. S’agit-il du même navire ? Ce Daniel serait-il un affabulateur ? D’où vient-il exactement ? Sur le registre, lacunaire, des FNFL, on ne relève pas moins d’une douzaine de patronymes identiques, pratiquement tous bretons, mais rien sur le Hood ou Camberley.

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