jeudi 22 janvier 2015

La dernière victime des Allemands à Rennes



Le 70ème anniversaire de la libération de Rennes a été marqué par de nombreuses cérémonies officielles, avec leurs cortèges de détachements militaires et retentissantes Marseillaises. Le Chant des partisans aurait été tout aussi apprécié, notamment lors de l’hommage particulièrement émouvant rendu aux déporté(e)s du « convoi de Langeais », parti dans la nuit du 3 au 4 août 1944. Ces commémorations ont également permis d’évoquer de grandes figures de la Résistance rennaise, victimes de la barbarie nazie. Ces hommes et ces femmes, résistants de la première heure qui ont donné leur nom à plusieurs rues de la ville, ont fait l’objet de nombreuses communications. Moins connus, voire totalement ignorés, sont les Rennais qui ont agi dans l’ombre de manière spontanée et solitaire. Sans armes ni explosifs, ces patriotes anonymes ont commis des actes de sabotage apparemment minimes : câbles téléphoniques coupés, pneus crevés, réservoirs d’essence vidés, etc. mais qui pouvaient être lourds de conséquences. Inconnus des mouvements de résistance, ils n’ont souvent jamais fait de démarches pour obtenir un titre de reconnaissance officielle à la Libération. Démarche qui n’était pas évidente, puisqu’il fallait avoir appartenu pendant trois mois au moins, avant le 6 juin 1944 et dans la zone occupée à une organisation de résistance homologuée. Il faut cependant croire que l’interprétation de cette loi du 25 mars 1949 portant statut des Combattants volontaires de la Résistance était assez « souple », puisque le directeur du principal quotidien rennais, qui n’était membre d’aucun mouvement de résistance, mais qui fut condamné par les Allemands à quinze jours de prison pour « propagande gaulliste » en 1943, obtiendra sans difficulté la carte de combattant volontaire de la Résistance. Estimant sans doute qu’une carte sans médaille, cela n’avait pas la même allure, il écrira à Louis Pétri pour réclamer la Croix du combattant volontaire de la Résistance.
Affiche des Archives de Rennes
Le premier de ces Rennais qui refusèrent de rester passifs devant l’occupation allemande fut le jeune Marcel Brossier, fusillé le 17 septembre 1940 pour avoir saboté de sa propre initiative un câble militaire. Quatre années plus tard, dans la nuit du 3 au 4 août, alors que l’entrée des troupes américaines en ville est imminente, Pierre Pommeret rencontre un groupe de soldats allemands à quelques pas de sa maison, rue Beaumarchais. Les voisins, terrés dans leurs caves depuis les échanges d’artillerie entre les Allemands et les Américains bloqués à Maison-Blanche, entendent claquer des coups de feu puis, mêlée au bruit de la fusillade, la voix de la victime : « On tire sur moi ! ». Il est 23 heures 30. Quelques heures plus tard, les 5 ou 6 000 soldats allemands encore présents à Rennes quittent la ville pour se diriger sur Saint-Nazaire par des routes secondaires, sous les ordres du colonel Bartel. Au point du jour, c’est le chanoine Lignel, curé de l’église Sainte-Jeanne-d’Arc, qui relèvera le malheureux corps transpercé de balles. Que s’est-il passé exactement ? Que faisait cet homme de 36 ans dans la rue cette nuit-là ? Difficile de le savoir. Son nom n’apparait dans aucun des dossiers d’enquête sur les crimes de guerre commis par les Allemands, pas plus que dans les ouvrages consacrés à cette période de l’histoire de Rennes. D’après le curé, qui le connaissait bien, Pierre Pommeret s’était de tout temps comporté en patriote actif : « C’était un passionné de la Résistance ». Dès 1942, il aurait coupé des fils télégraphiques posés par les Allemands avenue Janvier. Plus tard, derrière l’église de son quartier, au vu même des soldats ennemis, cantonnés dans l’école voisine, il sabotait l’installation télégraphique de l’armée d’occupation. Cette nuit du 3 au 4 août, des mines disposées par les Allemands ont été subrepticement enlevées par une main inconnue. Était-ce là le motif de sa sortie nocturne ? Quoi qu’il en soit, Pierre Pommeret, originaire de Pleudihen, arrivé à Rennes en 1940 pour travailler comme électricien aux Tanneries de France, laisse une veuve et sept enfants. Sur son acte de décès, établi le 5 août, figure la mention marginale « Mort pour la France ». Inhumé au cimetière Saint-Laurent, c’est la dernière victime des Allemands à Rennes.